
Arst Avocats a conçu cette mini-série pour vous faire vivre de l’intérieur une procédure de redressement judiciaire.
Par Morgan Jamet, avocat associé — Droit des entreprises en difficulté
Publié le 22 août 2026
Le téléphone sonne à 8h15. Marc, sans bonjour. « C’est quoi ce bazar ? Je regarde le compte ce matin, il y a des prélèvements partout ! On est en redressement, et on continue à payer tout ce beau monde ? »
Il est tendu — pas contre moi, contre la situation. Je le laisse dire, puis je reprends, calmement, un poste après l’autre.
L’expert-comptable, dont la mission s’intensifie plutôt qu’elle ne s’arrête. Mes propres honoraires, fixés dès le départ dans une convention écrite, sans surprise.
Puis l’administrateur et le mandataire, et sa voix remonte d’un cran. Leur rémunération n’est pas négociée : elle est fixée par un barème national. Mais surtout, dans les premiers mois, l’administrateur perçoit une provision chaque mois — jusqu’à atteindre le plafond de sa rémunération globale, après quoi le rythme s’espace. Le mandataire suit un calendrier un peu différent. Dans les deux cas, c’est le tribunal qui valide le montant, sur la base du travail réellement accompli. Ce que Marc vient de voir, c’est une de ces provisions — une dépense immédiate et bien réelle, mais réglée, pas arbitraire.
« Mais c’est notre trésorerie qui part là-dedans, pendant qu’on essaie d’en faire rentrer. »
Oui. Et ce n’est pas une surprise pour vos comptes : cette ligne figure dans le prévisionnel de trésorerie construit avec l’expert-comptable dès le premier mois. Ce qui vous prend au dépourvu ce matin, ce n’est pas le montant. C’est de le voir sortir, en vrai, un jour où vous ne l’attendiez pas. Ce n’est pas pareil.
Marc souffle, déjà moins vif. Reste une dernière ligne : un commissaire-priseur. La machine qu’il voulait vendre — l’autorisation du juge-commissaire est enfin arrivée, mais conditionnée à une expertise préalable. Il faut parfois dépenser pour vendre, avant même d’espérer encaisser.
« Ça fait beaucoup de monde à payer, pour une entreprise qui n’a déjà plus grand-chose. »
Je lui pose la question à l’envers : qu’est-ce que ça coûterait, de ne rien faire ? Une liquidation aurait, elle aussi, ses frais — sur un actif plus réduit, vendu dans l’urgence. Ces dépenses ne sont pas le prix de l’échec. Elles sont le prix d’essayer, avec méthode.
« Dépenser pour s’en sortir, alors. » Sa voix n’a plus rien d’agressif. « Oui. Et chaque euro dépensé maintenant, sous contrôle, vaut mieux que dix perdus plus tard, sans. »
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*Marc et les situations décrites dans cette série sont fictifs, composites de cas rencontrés en pratique. Toute ressemblance avec une situation réelle serait fortuite.*
Episode suivant — Saison 1, Épisode 10/17 : « Le renouvellement à six mois »
Morgan Jamet
Avocat fondateur associé d’Arst Avocats, Morgan Jamet accompagne les dirigeants en droit commercial, droit des entreprises en difficulté, restructuration et contentieux des affaires.
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