Calcul de la réserve héréditaire et de la part revenant aux enfants

La réserve héréditaire est la part de la succession qui revient obligatoirement aux enfants du défunt. La loi française interdit en principe de les déshériter. La fraction restante, appelée quotité disponible, peut être librement transmise. Voici comment calculer la réserve héréditaire et quels recours exercer lorsqu’elle n’est pas respectée.

À retenir : les articles 912 et 913 du code civil fixent la part minimale des enfants du défunt. Un enfant reçoit la moitié de la succession, deux enfants les deux tiers, trois enfants ou plus les trois quarts. Le solde constitue la quotité disponible.

Le tableau de la réserve héréditaire selon le nombre d’enfants

L’article 913 du code civil fixe le montant de la réserve en fonction du nombre d’enfants, sans distinction entre eux.

Avec un enfant : réserve de 1/2, quotité disponible de 1/2.

Avec deux enfants : réserve de 2/3, soit 1/3 chacun, quotité disponible de 1/3.

Réserve héréditaire 3 enfants : réserve de 3/4, soit 1/4 chacun, quotité disponible de 1/4.

Avec quatre enfants ou plus : réserve de 3/4 partagée à parts égales, quotité disponible de 1/4.

La réserve ne varie plus au-delà de trois enfants. Elle est plafonnée à trois quarts de la totalité de la succession, quel que soit le nombre d’héritiers.

Le calcul de la réserve héréditaire, étape par étape

La réserve héréditaire calcul ne porte pas sur les seuls biens présents au jour du décès. Elle se détermine sur une masse reconstituée, en trois temps.

Première étape : on additionne les biens existants au jour du décès, après déduction des dettes.

Deuxième étape : on réintègre fictivement toutes les donations consenties par le défunt de son vivant, même anciennes. C’est le point que la plupart des héritiers ignorent : une donation faite vingt ans plus tôt est prise en compte dans le calcul.

Troisième étape : on applique la fraction de réserve correspondant au nombre d’enfants.

Exemple avec deux enfants. Patrimoine net au décès : 300 000 euros. Réserve globale de 2/3, soit 200 000 euros, dont 100 000 euros minimum pour chaque enfant. Quotité disponible de 1/3, soit 100 000 euros, dont le défunt disposait librement.

Exemple avec trois enfants. Même patrimoine de 300 000 euros. Réserve globale de 3/4, soit 225 000 euros, répartis en 75 000 euros par enfant. Quotité disponible réduite à 75 000 euros.

Exemple avec une donation antérieure. Deux enfants, 300 000 euros de biens au décès, mais une donation de 200 000 euros consentie dix ans plus tôt à l’un d’eux. La masse de calcul devient 500 000 euros. La réserve globale passe à 333 333 euros, soit 166 666 euros par enfant. L’enfant non gratifié peut alors réclamer un complément.

La réserve héréditaire du conjoint survivant

En présence d’enfants, le conjoint survivant n’est pas héritier réservataire. Il dispose de droits légaux distincts : l’article 757 du code civil lui ouvre le choix entre l’usufruit de la totalité des biens existants et la propriété du quart, en présence d’enfants communs.

En revanche, en l’absence de descendant, la réserve héréditaire conjoint survivant existe bel et bien : l’article 914-1 du code civil lui réserve un quart de la succession. La quotité disponible tombe alors à trois quarts. Les autres parents, ascendants et collatéraux, ne sont jamais réservataires.

Le défunt peut avantager son conjoint au-delà de ses droits légaux, en utilisant la quotité disponible ordinaire ou la quotité disponible spéciale entre époux, en pleine propriété, en usufruit ou en combinant les deux. Les enfants du défunt conservent toujours leur réserve en valeur, éventuellement reçue en nue-propriété.

Familles recomposées : l’action en retranchement

C’est la situation qui produit le plus de contentieux. Lorsque le régime matrimonial est une communauté universelle avec attribution intégrale au survivant, la succession peut se retrouver quasiment vide au décès du premier époux. En présence d’enfants communs, ce montage n’est pas frauduleux.

Mais si le défunt laisse des enfants d’une précédente union, l’article 1527 du code civil ouvre l’action en retranchement. Elle permet de limiter les avantages matrimoniaux consentis au conjoint survivant à la hauteur de la quotité disponible, afin de reconstituer la réserve des enfants non communs.

Les enfants issus d’une autre union comptent exactement comme les autres pour le calcul de la réserve. Aucune différence de traitement n’est admise.

Assurance-vie, préciput, donation : les angles morts de la réserve

Trois mécanismes échappent en principe à la réserve héréditaire, et c’est par eux que passent la plupart des déséquilibres.

L’assurance-vie. Les capitaux versés au bénéficiaire désigné sont hors succession et ne sont pas pris en compte dans le calcul. La limite existe : lorsque les primes sont manifestement exagérées au regard des facultés du souscripteur, elles peuvent être réintégrées. L’appréciation dépend de l’âge, du patrimoine et de l’utilité du contrat.

La clause de préciput. Elle permet au conjoint survivant de prélever un bien avant tout partage. C’est un avantage matrimonial, pas une libéralité : il n’entre donc pas dans le calcul de la réserve, sauf action en retranchement en présence d’enfants non communs.

La donation au dernier vivant. Elle élargit les droits du conjoint survivant dans la limite de la quotité disponible spéciale entre époux. Elle ne peut pas entamer la réserve des enfants.

Que faire en cas d’atteinte à la réserve

Lorsqu’une donation ou un legs dépasse la quotité disponible, il y a atteinte à la réserve. L’article 921 du code civil ouvre alors l’action en réduction.

Elle est réservée aux héritiers réservataires et à leurs ayants cause. Elle vise à reconstituer la réserve, le plus souvent par le versement d’une indemnité de réduction plutôt que par la restitution du bien lui-même. Le délai est de cinq ans à compter de l’ouverture de la succession, ou de deux ans à compter de la découverte de l’atteinte, sans jamais dépasser dix ans après le décès.

Un héritier peut aussi renoncer par anticipation à exercer cette action, par un acte notarié spécifique signé du vivant du donateur.

L’ordre des héritiers quand il n’y a pas de testament

En l’absence de dispositions, la succession suit la dévolution légale. Quatre ordres se succèdent, et les héritiers d’un ordre écartent ceux des ordres suivants.

Premier ordre : les descendants, enfants puis petits-enfants. Deuxième ordre : les père et mère, ainsi que les frères, sœurs et leurs descendants. Troisième ordre : les grands-parents et arrière-grands-parents. Quatrième ordre : oncles, tantes et cousins, jusqu’au sixième degré.

Au sein d’un même ordre, le plus proche en degré écarte les plus éloignés, sous réserve de la représentation qui permet aux petits-enfants de venir à la place de leur parent prédécédé. Le conjoint survivant dispose d’une vocation parallèle, fortement renforcée par la loi du 3 décembre 2001.

En absence de descendant et de conjoint, il n’existe aucun héritier réservataire : le défunt disposait librement de la totalité de la succession.

Questions fréquentes sur la réserve héréditaire

Peut-on déshériter un enfant ? Non, pas en droit français. Un enfant écarté par testament peut réclamer sa part réservataire par l’action en réduction. Seule l’indignité successorale, prononcée par un juge dans des cas graves, prive un héritier de ses droits.

Quel est le montant de la réserve avec un seul enfant ? La moitié de la totalité de la succession, après réintégration des donations antérieures. L’autre moitié constitue la quotité disponible.

L’assurance-vie entre-t-elle dans la réserve héréditaire ? En principe non. Elle y est réintégrée uniquement si les primes versées sont manifestement exagérées au regard du patrimoine du défunt et de son âge.

Les petits-enfants sont-ils héritiers réservataires ? Seulement par représentation, lorsque leur propre parent est prédécédé ou a renoncé. Ils prennent alors sa place et sa part.

Que se passe-t-il si une donation dépasse la quotité disponible ? Il y a atteinte à la réserve. Les héritiers réservataires peuvent demander une indemnité de réduction au donataire, calculée sur la valeur du bien au jour du partage.

Combien de temps a-t-on pour agir ? Cinq ans à compter du décès, ou deux ans à compter du jour où l’atteinte a été découverte, dans la limite de dix ans après le décès.

Faire valoir ses droits avec un avocat

Un calcul de réserve héréditaire se conteste rarement sur le principe, presque toujours sur les chiffres : quelles donations réintégrer, à quelle valeur, et selon quel régime matrimonial. Reconstitution de la masse successorale, évaluation des biens, action en réduction ou en retranchement : chaque étape se documente. Le cabinet ARST accompagne les héritiers dans l’analyse de leurs droits et, si nécessaire, dans la procédure.

Vous êtes confronté à une problématique de détermination de la réserve héréditaire ou d’atteinte à celle-ci, contactez-nous.

Article écrit par Olivier Paquereau

 

Olivier Paquereau

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