Contentieux des affaires et de l'entreprise

Avocat recouvrement de créances entreprise, choisir sa procédure

Face à une facture impayée entre professionnels, il n'existe pas une procédure unique mais trois voies principales : l'injonction de payer, le référé-provision et l'assignation au fond. Le bon choix dépend de la contestation attendue du débiteur et de sa solvabilité, pas seulement du montant dû.

Factures et justificatifs empilés sur un bureau blanc, avec un stylo et des pinces
  • Cinq ansPrescription entre commerçants
  • Trois moisPour signifier l'ordonnance
  • Deux moisPour déclarer sa créance en procédure collective





Pourquoi le choix de la procédure change tout

Un client qui ne paie pas met votre trésorerie en tension. Chaque semaine perdue réduit vos chances d'être payé, surtout si le débiteur rencontre des difficultés.

Beaucoup d'entreprises envoient une relance, puis une autre, puis assignent au fond par réflexe. C'est souvent la voie la plus longue. À l'inverse, demander une injonction de payer contre un débiteur qui contestera de toute façon fait perdre des mois.

Notre rôle est de lire votre dossier avant d'agir : la facture, le contrat, les échanges, la situation du débiteur. Nous choisissons ensuite la procédure qui mène le plus sûrement à un titre exécutoire, c'est-à-dire à un document que le commissaire de justice peut mettre en œuvre.

Cette page décrit la démarche complète. Pour le détail de l'injonction de payer et de sa réforme, nous renvoyons à notre article sur l'injonction de payer.

Dans quelles situations nous sollicitent les entreprises


Un client ne règle plus ses factures

La créance n'est pas contestée sur le fond, mais le client ne répond plus. Une procédure rapide et peu coûteuse est généralement adaptée.

Le débiteur invoque un prétexte

Il évoque un défaut de livraison, une malfaçon ou une compensation. Il faut mesurer le sérieux de cet argument avant de choisir la procédure.

Vous craignez qu'il disparaisse ou se dépouille

Un compte bancaire ou une créance sur un tiers peut être bloqué à titre provisoire. Il faut toutefois agir avec méthode et dans des délais stricts.

Le débiteur est en redressement ou en liquidation

Les règles changent. Il ne s'agit plus d'obtenir un jugement, mais de déclarer votre créance dans le délai légal.


Première étape : sécuriser votre créance avant toute procédure


Quatre vérifications

  1. Date de règlementCréance certaine, liquide et exigible
  2. LendemainPénalités de retard dues sans rappel
  3. Mise en demeureN'interrompt pas la prescription
  4. Cinq ansPrescription entre commerçants
40 €Indemnité forfaitaire de recouvrement par facture
Trois foisLe taux ne peut pas être inférieur à trois fois le taux d'intérêt légal

Avant de saisir un tribunal, quatre vérifications évitent la plupart des échecs.

La créance doit être certaine, liquide et exigible. Autrement dit, son principe est établi, son montant est chiffré et l'échéance est passée. Un bon de commande, une facture, un bon de livraison et vos conditions générales de vente forment le socle de la preuve. Notre article sur les conditions générales de vente rappelle pourquoi leur rédaction compte.

Les pénalités de retard sont dues sans rappel. Entre professionnels, elles courent dès le lendemain de la date de règlement. Le taux ne peut pas être inférieur à trois fois le taux d'intérêt légal. À défaut de taux prévu au contrat, le taux supplétif est le taux directeur de la Banque centrale européenne majoré de dix points. S'y ajoute une indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 € par facture, qui peut être complétée si vos frais réels sont plus élevés et justifiés. Ces règles figurent à l'article L441-10 du Code de commerce.

La prescription continue de courir. Entre commerçants, l'action se prescrit par cinq ans selon l'article L110-4 du Code de commerce. Une simple lettre de relance ne suspend pas ce délai.

La mise en demeure est un outil, pas un bouclier. Elle fixe un point de départ clair, prouve votre réclamation et ouvre souvent la négociation. En revanche, elle n'interrompt pas la prescription. Notre article sur la mise en demeure par avocat détaille sa rédaction et ses effets.

Choisir entre injonction de payer, référé-provision et assignation au fond


Choisir sa procédure

Contestation attendue du débiteur
  • Créance simple, documentée, peu contestableInjonction de payerLe plus court si le débiteur ne s'oppose pas
  • Contestation possible mais non sérieuseRéféré-provisionRapide, une audience suffit en principe
  • Contestation sérieuse, litige complexe ou montant importantAssignation au fondLe plus long, car l'affaire est jugée en entier

Les trois procédures aboutissent à une décision de justice, mais pas avec la même rapidité ni la même sécurité. Le tableau ci-dessous les compare sur les critères qui comptent pour un dirigeant.


Comparatif des trois procédures de recouvrement
CritèreInjonction de payerRéféré-provisionAssignation au fond
DélaiLe plus court si le débiteur ne s'oppose pasRapide, une audience suffit en principeLe plus long, car l'affaire est jugée en entier
CoûtFrais de greffe de 33,47 € devant le tribunal de commerce, avocat non obligatoire pour la requêteFrais d'assignation, avocat obligatoire au-dessus de 10 000 € devant le tribunal judiciaireLe plus élevé : assignation, échanges de conclusions, audience
ContradictoireNon, le juge statue sur pièces, le débiteur peut s'opposer ensuiteOui, le débiteur est entendu dès l'audienceOui, débat complet
Quand l'utiliserCréance simple, documentée, peu contestableContestation possible mais non sérieuse, ou besoin d'une décision exécutoire viteContestation sérieuse, litige complexe ou montant important

Les montants et délais varient selon la juridiction et la contestation. Ce comparatif donne une grille de lecture, il ne remplace pas l'analyse de votre dossier.

L'injonction de payer : rapide, à condition que le débiteur ne s'oppose pas


Les délais de l'ordonnance

Ordonnances rendues à compter du 1er septembre 2026

OrdonnanceAu vu de pièces, sans entendre le débiteur
Signification : trois moisPassé ce délai, l'ordonnance est non avenue
OppositionElle suspend l'exécution
Un moisà compter de la signification
ExécutoireSi aucun avis d'opposition n'est parvenu au créancier
Deux moisà compter de la signification

Le juge rend une ordonnance au vu de pièces, sans entendre le débiteur. Le tribunal de commerce (ou des activités économiques) est compétent si le créancier et le débiteur sont commerçants. Il l'est aussi si la créance naît d'un acte de commerce. Dans les autres cas, par exemple si le débiteur est un particulier ou exerce une profession libérale, la demande relève du tribunal judiciaire. En Alsace-Moselle, c'est la chambre commerciale du tribunal judiciaire.

Le décret n° 2026-96 du 16 février 2026 a modifié la procédure pour les ordonnances rendues à compter du 1er septembre 2026. Deux points méritent votre attention.

Il faut d'abord faire signifier l'ordonnance au débiteur dans les trois mois. Passé ce délai, elle est non avenue et tout est à recommencer. Le débiteur dispose ensuite d'un mois à compter de la signification pour former opposition. Cette opposition suspend l'exécution.

Si aucun avis d'opposition n'est parvenu au créancier dans les deux mois de la signification, l'ordonnance peut devenir exécutoire. Dans le cas contraire, l'affaire est renvoyée devant le tribunal, et l'avocat devient obligatoire au-dessus de 10 000 € devant le tribunal judiciaire.

Concrètement, l'injonction de payer est la bonne voie quand la facture est claire et que le client a simplement cessé de payer. C'est une mauvaise voie quand le débiteur a déjà annoncé un litige.

Le référé-provision : quand une contestation existe mais paraît fragile


Audience du juge des référés

Le débiteur est présentIl ne peut pas retarder la procédure en formant opposition
  • Provision au créancierL'obligation n'est pas sérieusement contestable. Ordonnance exécutoire à titre provisoire
  • RejetUne contestation sérieuse subsiste : le dossier doit être jugé au fond
Quinze jourspour former appel
5 000 €ou moins : l'appel est fermé

Le juge des référés peut accorder une provision au créancier lorsque l'obligation n'est pas sérieusement contestable. L'article 873 du Code de procédure civile ne subordonne pas cette mesure à l'urgence.

Le débiteur est présent à l'audience. Il ne peut donc pas retarder la procédure en formant opposition. L'ordonnance est exécutoire à titre provisoire. L'appel doit être formé dans les quinze jours, et il est fermé lorsque le litige porte sur 5 000 € ou moins.

C'est la procédure à privilégier quand le débiteur avance des arguments, mais que vos pièces les écartent. Le risque est un rejet si le juge estime qu'une contestation sérieuse subsiste. Dans ce cas, le dossier doit être jugé au fond.

L'assignation au fond : la voie la plus lente, parfois la seule


En parallèle d'une mesure conservatoire

  • Assignation au fond
    Litige complexe, plusieurs contrats, demande reconventionnelleJugement qui tranche le principal
  • Mesure conservatoire
    Lancée en parallèleProtège vos chances d'être payé pendant l'instance
  • Petites créances
    5 000 € ou moins, mise en œuvre par un commissaire de justiceSilence pendant un mois vaut refus

Lorsque le litige est complexe, que plusieurs contrats s'enchevêtrent ou que le débiteur oppose une demande reconventionnelle, la discussion doit avoir lieu en entier. L'assignation au fond mène à un jugement qui tranche le principal.

La procédure est plus longue et plus coûteuse. Elle peut aussi être lancée en parallèle d'une mesure conservatoire, qui protège vos chances d'être payé pendant l'instance.

Une procédure simplifiée existe par ailleurs pour les petites créances de 5 000 € ou moins, mise en œuvre par un commissaire de justice. Elle suppose que le débiteur accepte d'y participer : son silence pendant un mois vaut refus.

La loi n° 2026-307 du 23 avril 2026 a par ailleurs prévu une procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales incontestées, sans seuil de montant. Ses modalités doivent encore être précisées par décret.

Les mesures conservatoires : bloquer avant qu'il ne soit trop tard


Deux conditions, puis un mois

Créance fondée en son principe
Circonstances susceptibles de menacer le recouvrement
Saisie conservatoireLe juge de l'exécution statue sur requête, sans débat contradictoire
Un moisà compter de l'exécution
Injonction de payer, référé ou assignationpermettent de respecter ce délai
Mesure caduqueÀ défaut

Une saisie conservatoire immobilise des biens ou des sommes sans les vendre. Elle est utile lorsque vous craignez que le débiteur organise son insolvabilité.

L'article L511-1 du Code des procédures civiles d'exécution pose deux conditions : une créance qui paraît fondée en son principe et des circonstances susceptibles d'en menacer le recouvrement. Le juge de l'exécution statue sur requête, sans débat contradictoire, ce qui préserve l'effet de surprise.

Un piège fréquent : l'article R511-7 du même code impose, en l'absence de titre exécutoire, d'engager une procédure dans le mois suivant l'exécution de la mesure. À défaut, la mesure est caduque. Une injonction de payer, un référé ou une assignation permettent de respecter ce délai.

Il faut donc penser la mesure conservatoire et la procédure principale ensemble, et non l'une après l'autre.

Exécuter la décision et récupérer les fonds


Le commissaire de justice et les saisies

Titre exécutoire
Commissaire de justice
Enquête préalableSon patrimoine, sa banque et ses clients
  • Saisie-attributionsur les comptes bancaires
  • Saisie sur les créancesque le débiteur détient sur ses propres clients
  • Saisie de biens mobiliersSelon ce que le débiteur possède réellement

Obtenir un titre exécutoire ne suffit pas, il faut encore être payé. Le commissaire de justice peut alors recourir à une saisie-attribution sur les comptes bancaires, à une saisie sur les créances que le débiteur détient sur ses propres clients, ou à une saisie de biens mobiliers.

Le choix de la mesure dépend de ce que le débiteur possède réellement. Une enquête préalable sur son patrimoine, sa banque et ses clients évite des frais inutiles. Nous coordonnons ce travail avec le commissaire de justice dès le début du dossier.

Le débiteur est en procédure collective : déclarer sa créance


La logique est inversée

Vous ne poursuivez plus le débiteur
Vous déclarez votre créanceauprès du mandataire judiciaire (redressement) ou du liquidateur (liquidation)
Deux moisDélai de déclaration
Quatre moisPour les créanciers qui ne demeurent pas en France métropolitaine

à compter de la publication du jugement d'ouverture au BODACC


Dès l'ouverture d'un redressement ou d'une liquidation judiciaire, la logique est inversée. Vous ne poursuivez plus le débiteur, vous déclarez votre créance auprès du mandataire judiciaire (redressement) ou du liquidateur (liquidation).

Le délai est de deux mois à compter de la publication du jugement d'ouverture au BODACC, et il est porté à quatre mois pour les créanciers qui ne demeurent pas en France métropolitaine (articles L622-24 et R622-24 du Code de commerce). Un oubli ou un retard peut compromettre le paiement de votre créance dans la procédure.

Notre équipe en droit des entreprises en difficulté accompagne les créanciers sur ce point. Notre article sur la déclaration de créances détaille la démarche, et notre page sur les entreprises en difficulté présente l'accompagnement du cabinet.

Comment nous conduisons un dossier de recouvrement


  1. Analyse du dossier. Nous examinons vos pièces, la solvabilité du débiteur et le risque de contestation.
  2. Mise en demeure. Nous la rédigeons pour qu'elle serve de preuve et ouvre, si possible, une issue amiable.
  3. Choix de la procédure. Injonction de payer, référé-provision ou fond, avec, si besoin, une mesure conservatoire.
  4. Exécution. Nous suivons la signification du titre et les saisies avec le commissaire de justice.
  5. Suivi de votre trésorerie. Nous vous tenons informé de chaque délai et de chaque décision.



Les avocats qui vous accompagnent



Questions fréquentes sur le recouvrement de créances


Faut-il une mise en demeure avant une injonction de payer ?

Elle n'est pas toujours une condition indispensable au dépôt de la requête, mais elle reste vivement recommandée. Elle prouve votre réclamation et peut ouvrir une issue amiable. Elle n'interrompt toutefois pas la prescription, qui continue de courir. Elle reste donc un réflexe prudent avant toute procédure.

Quel délai pour signifier l'ordonnance d'injonction de payer ?

Pour les ordonnances d'injonction de payer rendues à compter du 1er septembre 2026, la signification doit intervenir dans les trois mois. Passé ce délai, l'ordonnance est non avenue. Le débiteur peut ensuite former opposition pendant un mois à compter de la signification.

Quand choisir le référé-provision plutôt que l'injonction ?

Quand le débiteur annonce une contestation qui paraît peu sérieuse, mais que vos pièces établissent la dette. Le référé est contradictoire, donc l'opposition n'existe pas, et la décision est exécutoire à titre provisoire. L'injonction reste préférable pour une créance simple et peu contestable.

Que faire si mon débiteur est en liquidation judiciaire ?

Il faut déclarer la créance au mandataire judiciaire ou au liquidateur, sans attendre. Le délai est de deux mois à compter de la publication du jugement au BODACC, et de quatre mois hors France métropolitaine. Une déclaration tardive peut compromettre le paiement de votre créance.

Peut-on saisir les biens du débiteur avant le jugement ?

Oui, par une saisie conservatoire autorisée par le juge si la créance paraît fondée en son principe et si son recouvrement est menacé. Sans titre exécutoire, une procédure doit être engagée dans le mois suivant l'exécution de la mesure, sinon elle devient caduque.





Contenu préparé par le département contentieux des affaires et de l'entreprise d'ARST Avocats. Avocat référent : Thomas Vidal, avocat en contentieux commercial, barreau de Paris. Règles vérifiées sur les sources officielles (Code de commerce, Code de procédure civile, service-public.gouv.fr). Mis à jour en octobre 2026.