Par Olivier Paquerau, avocat of counsel au sein d’ARST Avocats
Acheter un logement, un immeuble locatif ou une résidence familiale à plusieurs conduit rapidement à une question structurante : faut-il acheter en indivision ou constituer une société civile immobilière ?
Le choix ne se résume pas aux formalités de départ. Il détermine la manière de décider, de financer le bien, de répartir les charges, d’organiser son occupation, de faire sortir un membre de la famille et de préparer la transmission.
En pratique, l’indivision convient souvent à une acquisition simple, réunissant peu de personnes et destinée à rester temporaire. La SCI familiale est généralement plus adaptée à un projet durable qui suppose d’organiser la gouvernance, les relations entre associés et la transmission. Elle implique toutefois des coûts, des obligations de fonctionnement et une responsabilité des associés qu’il ne faut pas sous-estimer.
Le choix doit donc être effectué à partir du projet réel, et non d’une préférence abstraite pour l’un ou l’autre montage.
SCI familiale et indivision : deux modes de détention très différents
L’indivision : une solution immédiate
Lorsque plusieurs personnes achètent directement un bien, chacune en détient une quote-part : elles sont en indivision.
Aucune société n’est créée et aucune immatriculation n’est nécessaire. Cette simplicité est son principal avantage. Elle peut convenir à un achat ponctuel ou à un projet dont les participants, leurs contributions et la durée sont clairement identifiés.
Cette simplicité a néanmoins une contrepartie. En vertu de l’article 815 du Code civil, nul ne peut être contraint à demeurer dans l’indivision. Chaque indivisaire peut donc, en principe, demander le partage.
Une convention d’indivision peut organiser temporairement la gestion et la jouissance du bien, mais elle ne donne pas au projet la même stabilité qu’une structure sociétaire conçue pour durer.
La SCI familiale : un outil d’organisation
La SCI familiale n’est pas une forme sociale distincte. Il s’agit d’une société civile dont les associés appartiennent à une même famille.
La société devient propriétaire de l’immeuble et les associés détiennent des parts sociales. Les statuts peuvent répartir les pouvoirs, fixer les majorités, encadrer les cessions de parts et prévoir les conditions d’utilisation ou de financement du bien.
Sa constitution suppose néanmoins une rédaction adaptée des statuts, la réalisation des apports, la publication d’un avis et l’immatriculation par le guichet unique des formalités d’entreprises.
Elle implique ensuite une vie sociale réelle : décisions collectives, procès-verbaux, suivi comptable et déclarations fiscales.
L’équipe Droit des sociétés d’ARST Avocats accompagne notamment la constitution des sociétés civiles, la rédaction des statuts et l’organisation des relations entre associés.
Gouvernance et risque de blocage
En indivision, les pouvoirs dépendent de la nature de l’acte
Les règles de décision ne sont pas uniformes.
Un indivisaire peut prendre seul les mesures nécessaires à la conservation du bien. Les indivisaires titulaires d’au moins deux tiers des droits peuvent accomplir certains actes d’administration et conclure certains baux.
Les actes de disposition demeurent, par principe, soumis à l’accord de tous, sous réserve des procédures judiciaires prévues par la loi.
Ces règles sont précisées par l’article 815-3 du Code civil.
Une convention d’indivision peut améliorer le fonctionnement quotidien, désigner un gérant et préciser la répartition des dépenses. Elle ne supprime toutefois ni le droit de demander le partage ni les difficultés susceptibles d’apparaître en cas de décès, de séparation ou de désaccord durable.
En SCI, les statuts peuvent anticiper les décisions sensibles
Les statuts déterminent les pouvoirs du gérant et les décisions qui doivent être soumises aux associés.
Ils peuvent prévoir des majorités différentes selon qu’il s’agit de travaux, d’un nouvel emprunt, d’une mise en location, de la vente de l’immeuble ou de l’entrée d’un nouvel associé.
Ils peuvent aussi instituer un droit de préemption, organiser la valorisation des parts et prévoir une procédure de traitement des blocages.
Cette souplesse n’est toutefois utile que si les statuts correspondent au projet. Un modèle standard qui confère des pouvoirs trop larges au gérant ou exige l’unanimité pour toute décision peut recréer les blocages que la SCI était précisément destinée à éviter.
Sortie d’un membre et transmission familiale
Quitter l’indivision ou céder des parts
Dans l’indivision, la sortie conduit au partage, au rachat de la quote-part par les autres indivisaires ou à la vente du bien.
En SCI, l’associé peut céder ses parts ou demander son retrait dans les conditions légales et statutaires.
La sortie n’est cependant pas automatiquement plus facile. La cession peut être soumise à l’agrément des autres associés et les parts d’une SCI familiale ne disposent pas toujours d’un marché immédiat.
Le régime légal de l’agrément est posé par l’article 1861 du Code civil.
Le retrait avec attribution d’un immeuble ou la transformation d’une indivision en SCI peut entraîner des droits d’enregistrement, un droit de partage et, selon l’opération, l’imposition d’une plus-value. Son coût juridique et fiscal doit être chiffré avant toute décision.
Depuis le 27 juin 2026, la cession de parts d’une personne morale à prépondérance immobilière doit, à peine de nullité, être constatée par un acte authentique, un acte contresigné par avocat ou, dans les cas où il est légalement habilité à le rédiger, un acte établi par un expert-comptable.
Cette nouvelle exigence résulte de l’article 1865-1 du Code civil.
Préparer une transmission progressive
La SCI permet de transmettre progressivement des parts, éventuellement en démembrant leur propriété entre usufruit et nue-propriété.
Elle facilite aussi le maintien d’une gouvernance commune alors que la propriété économique se répartit entre plusieurs générations.
La valeur fiscale de l’usufruit et de la nue-propriété est notamment déterminée par le barème de l’article 669 du Code général des impôts.
Il faut toutefois distinguer le démembrement de l’immeuble et celui des parts sociales.
L’usufruit de parts donne des droits attachés à ces parts et aux bénéfices distribués. Il ne confère pas, à lui seul, un droit personnel d’occuper l’immeuble appartenant à la SCI. L’occupation doit être organisée par les statuts, une décision sociale ou une convention.
L’équipe Droit des personnes et des successions d’ARST Avocats peut intervenir en coordination avec les praticiens chargés de la transmission.
Fiscalité de la SCI et de l’indivision
La SCI à l’impôt sur le revenu
Une SCI exerçant une activité civile et relevant de l’impôt sur le revenu est fiscalement transparente.
Lorsqu’elle donne un immeuble nu en location, chaque associé est imposé sur sa quote-part du résultat foncier, qu’il ait ou non effectivement perçu les sommes correspondantes.
Les charges ne sont déductibles que dans les conditions prévues pour les revenus fonciers.
La déclaration des sociétés immobilières non soumises à l’impôt sur les sociétés est présentée sur la page officielle consacrée au formulaire 2072-S.
La SCI à l’impôt sur les sociétés et les activités commerciales
L’option pour l’impôt sur les sociétés modifie profondément le traitement des résultats et de la revente.
L’immeuble est amorti, mais la plus-value est déterminée à partir de sa valeur nette comptable. La distribution des sommes aux associés peut ensuite entraîner une seconde imposition.
L’exercice d’une activité commerciale, notamment certaines locations meublées ou une activité habituelle d’achat-revente, peut également entraîner l’assujettissement à l’impôt sur les sociétés, sous réserve des tolérances administratives applicables.
Le choix entre SCI à l’impôt sur le revenu, SCI à l’impôt sur les sociétés et détention directe ne peut donc être arrêté à partir du seul taux d’imposition immédiat.
Il doit intégrer :
- la durée de détention envisagée ;
- le niveau des revenus ;
- l’importance des travaux ;
- la stratégie de revente ;
- les besoins de financement ;
- les objectifs de transmission.
L’équipe Fiscalité d’ARST Avocats accompagne les particuliers, dirigeants et investisseurs dans la structuration fiscale et patrimoniale de leurs acquisitions immobilières.
Occupation gratuite du bien par un membre de la famille
En SCI, une occupation qui doit être formalisée
Lorsqu’une SCI relevant de l’impôt sur le revenu met gratuitement un logement à la disposition d’un associé, elle est regardée comme s’en réservant la jouissance.
Aucun loyer fictif n’est alors ajouté à ses recettes. En contrepartie, les charges afférentes au logement ne sont, en principe, pas déductibles des revenus fonciers.
Cette conséquence peut être significative lorsque l’acquisition est financée par emprunt ou lorsque des travaux importants sont prévus.
La mise à disposition doit être autorisée conformément aux statuts et documentée.
Une convention peut notamment préciser :
- la durée de l’occupation ;
- la répartition des charges ;
- les obligations d’assurance ;
- la prise en charge des travaux ;
- les conditions de libération des lieux ;
- l’éventuelle indemnité supportée par l’occupant.
Cette convention permet également d’éviter qu’un avantage accordé à un associé ne crée un déséquilibre durable avec les autres membres de la famille.
En indivision, une indemnité peut être due
L’indivisaire qui jouit privativement du bien est, en principe, redevable d’une indemnité, sauf convention contraire, conformément à l’article 815-9 du Code civil.
Les indivisaires peuvent donc décider d’une occupation gratuite, mais cette décision doit être clairement établie et ses effets économiques anticipés.
Financement bancaire et garanties
Un bien locatif disposant de recettes identifiables
Lorsque le bien est destiné à la location, la banque analyse les loyers attendus, les charges, la vacance possible, l’apport et la situation financière des associés.
Elle peut demander :
- une hypothèque sur l’immeuble ;
- un cautionnement personnel ;
- le nantissement de certaines créances ;
- le blocage des comptes courants d’associés.
La SCI ne protège donc pas nécessairement le patrimoine personnel des associés contre les garanties qu’ils ont consenties.
Un bien occupé gratuitement sans loyers pour rembourser l’emprunt
Lorsque le bien est occupé gratuitement, la SCI ne dispose pas de revenus locatifs.
Le remboursement dépend alors des apports, des comptes courants ou des versements réguliers des associés. La banque examine principalement leurs revenus personnels, leur endettement et la pérennité de leurs engagements.
Elle peut exiger des garanties renforcées ou refuser un montage dont les ressources apparaissent insuffisamment sécurisées.
Le dossier de financement doit être cohérent avec les statuts et la convention d’occupation. Il est utile de déterminer à l’avance :
- qui finance l’apport ;
- qui paie les échéances ;
- si les versements constituent des apports ou des avances en compte courant ;
- comment ces avances seront remboursées lors d’une vente ou d’une sortie.
L’équipe Droit bancaire et financier d’ARST Avocats intervient sur les financements, les garanties et les responsabilités liés aux opérations immobilières.
La responsabilité des associés de SCI
La SCI ne constitue pas un écran absolu.
Selon l’article 1857 du Code civil, les associés répondent indéfiniment des dettes sociales à proportion de leur part dans le capital.
Les créanciers doivent néanmoins poursuivre préalablement et vainement la société, conformément à l’article 1858 du Code civil.
À cette responsabilité légale peuvent s’ajouter les cautions personnelles ou les autres garanties demandées par la banque.
Associés non-résidents et situations internationales
La présence d’un associé non-résident impose une analyse spécifique.
La détention et la transmission de parts d’une SCI française, les revenus fonciers, les plus-values et les comptes courants peuvent être soumis à des règles françaises de territorialité, auxquelles s’ajoute la convention fiscale éventuellement applicable.
La résidence des associés, la localisation de l’immeuble et la nature exacte des droits transmis doivent donc être examinées avant la constitution de la SCI, la donation ou la cession des parts.
Cette vérification est particulièrement importante lorsqu’un projet associe des membres d’une famille résidant dans plusieurs pays. Une solution pertinente en droit français peut produire un traitement différent dans l’État de résidence de l’associé.
Tableau comparatif entre SCI familiale et indivision
| Critère | SCI familiale | Indivision |
|---|---|---|
| Mise en place | Statuts, annonce légale, immatriculation et coût de constitution | Aucune structure à créer lors de l’achat |
| Propriétaire du bien | La SCI est propriétaire ; la famille détient des parts | Chaque indivisaire détient directement une quote-part |
| Décisions | Règles organisées par les statuts | Règles légales variables selon la nature de l’acte |
| Sortie | Cession ou retrait de parts, avec agrément et valorisation à anticiper | Partage, rachat de la quote-part ou vente du bien |
| Transmission | Donation progressive et démembrement des parts possibles | Donation ou succession des quotes-parts indivises, avec une gouvernance moins structurée |
| Occupation par un membre | Décision sociale et convention recommandées ; conséquences fiscales à anticiper | Indemnité en principe due en cas de jouissance privative, sauf convention contraire |
| Financement | Emprunt souscrit par la SCI, souvent garanti par l’immeuble et les associés | Emprunt souscrit directement par les indivisaires |
| Responsabilité | Associés indéfiniment responsables à proportion de leurs parts, après poursuite de la société | Chaque co-emprunteur supporte ses engagements ; une solidarité peut résulter du contrat de prêt |
| Fonctionnement | Décisions sociales et suivi comptable et déclaratif | Gestion plus légère, mais risque de blocage et de partage |
Comment choisir pour votre projet familial ?
Avant de décider, cinq questions doivent être traitées :
- Le bien sera-t-il loué, occupé gratuitement ou utilisé successivement par plusieurs membres de la famille ?
- Le projet est-il temporaire ou destiné à se poursuivre sur plusieurs générations ?
- Qui apporte les fonds et qui supportera effectivement les échéances, les travaux et les charges ?
- Comment un membre pourra-t-il sortir et comment ses droits seront-ils valorisés ?
- La priorité est-elle la simplicité immédiate, la maîtrise de la gouvernance, la transmission ou la fiscalité à long terme ?
L’acquisition immobilière doit également être sécurisée indépendamment du véhicule retenu : audit du titre, conditions suspensives, financement, travaux, destination du bien et organisation de son exploitation.
L’équipe Droit immobilier et baux commerciaux d’ARST Avocats accompagne les investisseurs et les propriétaires dans la structuration et la sécurisation de leurs opérations.
Questions fréquentes
Une SCI familiale est-elle toujours préférable à l’indivision ?
Non. Pour un achat simple ou temporaire entre deux personnes, l’indivision peut être suffisante.
La SCI devient particulièrement utile lorsque le projet doit durer, intégrer plusieurs générations ou organiser précisément les pouvoirs et les conditions de sortie.
Peut-on apporter à une SCI un bien déjà détenu en indivision ?
Oui. L’apport transfère toutefois la propriété du bien à la SCI et peut entraîner des droits, des frais d’acte et une imposition de la plus-value.
Le financement existant et l’accord de la banque doivent également être examinés.
Peut-on occuper gratuitement un logement appartenant à la SCI ?
Oui, si cette mise à disposition est compatible avec l’objet social et décidée par l’organe compétent.
Elle doit être formalisée et ses conséquences fiscales, financières et familiales doivent être anticipées.
La SCI protège-t-elle les associés contre les dettes bancaires ?
Pas totalement.
Les associés répondent des dettes sociales dans les conditions prévues par le Code civil et les banques demandent fréquemment des cautions ou des garanties personnelles.
Une SCI facilite-t-elle nécessairement l’obtention d’un prêt ?
Non.
La banque examine le projet, les revenus du bien, les capacités financières des associés et les garanties proposées.
Une SCI qui met gratuitement le bien à la disposition d’un associé ne dispose pas de loyers pour assurer le remboursement de l’emprunt.
SCI familiale ou indivision : une décision à préparer avant l’achat
L’indivision offre une mise en place immédiate et un fonctionnement initialement léger, mais elle expose davantage le projet au risque de partage et aux désaccords.
La SCI permet d’organiser la gouvernance, la transmission, l’occupation et le financement. Elle exige en contrepartie des statuts réellement adaptés, un suivi régulier et une analyse fiscale complète.
Avant de signer la promesse ou de déposer une demande de financement, il est recommandé de comparer les deux solutions à partir de données concrètes :
- l’identité et la résidence des participants ;
- l’apport de chacun ;
- l’usage du bien ;
- la durée de détention ;
- les revenus attendus ;
- les garanties bancaires ;
- l’objectif de transmission.
Vous envisagez un achat immobilier en famille ? ARST Avocats vous accompagne dans le choix de la structure, la rédaction des statuts et des conventions, l’analyse fiscale ainsi que la sécurisation du financement et de la transmission.

Olivier Paquereau
Auteur
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