Lorsqu’une personne mariée décède, son conjoint bénéficie de droits successoraux importants. Il peut recevoir une part de la succession en pleine propriété ou en usufruit, conserver l’usage du logement familial et être totalement exonéré de droits de succession.
Cette protection ne met toutefois pas le conjoint à l’abri des difficultés pratiques. L’opposition d’un enfant, l’inertie d’un héritier, un désaccord sur la vente du logement ou l’absence de réponse d’un indivisaire peuvent retarder le règlement de la succession pendant plusieurs années.
La loi n° 2026-248 du 7 avril 2026, destinée à simplifier la sortie de l’indivision et la gestion des successions vacantes, a créé de nouveaux moyens d’action. Elle permet notamment, sous certaines conditions, à un indivisaire d’obtenir l’autorisation judiciaire de vendre seul un bien indivis.
Mais cette réforme peut-elle réellement aider le conjoint survivant ? Tout dépend des droits qu’il recueille et de la configuration de la succession.
Quels sont les droits successoraux du conjoint survivant ?
Les droits du conjoint dépendent d’abord de la composition de la famille.
En présence uniquement d’enfants communs
Lorsque tous les enfants du défunt sont issus du couple, le conjoint survivant peut choisir entre :
- l’usufruit de la totalité des biens composant la succession ;
- le quart de la succession en pleine propriété.
Ce choix doit être effectué en tenant compte de l’âge du conjoint, de ses besoins financiers, de la nature du patrimoine, de la présence d’un logement et des relations entretenues avec les enfants.
L’usufruit de la totalité permet notamment au conjoint de continuer à occuper un bien immobilier ou d’en percevoir les loyers. Il implique toutefois une gestion durable avec les enfants, devenus nus-propriétaires.
Le quart en pleine propriété assure au conjoint la propriété définitive d’une partie du patrimoine, mais le place généralement en indivision avec les enfants sur les biens successoraux.
En présence d’au moins un enfant non commun
Lorsque le défunt laisse un ou plusieurs enfants issus d’une précédente union, le conjoint recueille en principe le quart de la succession en pleine propriété.
Il ne bénéficie pas de l’option légale pour l’usufruit de la totalité. Ses droits peuvent néanmoins avoir été augmentés par une donation entre époux ou par un testament, dans les limites de la quotité disponible spéciale entre époux.
Les familles recomposées sont fréquemment exposées aux blocages : désaccord sur la vente du logement, contestation d’une donation, discussion sur la valeur des biens ou refus d’un héritier de participer aux opérations de partage.
En l’absence de descendant
Si le défunt ne laisse aucun enfant, les droits du conjoint dépendent notamment de la présence du père ou de la mère du défunt :
- en présence des deux parents, le conjoint recueille la moitié de la succession ;
- si un seul parent est vivant, il en recueille les trois quarts ;
- si les deux parents sont décédés, il recueille en principe la totalité de la succession.
Dans cette dernière hypothèse, certains biens reçus par le défunt de ses ascendants peuvent néanmoins faire l’objet d’un droit de retour au profit de ses frères et sœurs ou de leurs descendants.
En l’absence de descendant, le conjoint survivant est par ailleurs héritier réservataire à hauteur du quart de la succession.
Le conjoint survivant peut-il rester dans le logement familial ?
Indépendamment de sa part successorale, le conjoint bénéficie de droits spécifiques sur le logement constituant sa résidence principale.
Le droit temporaire au logement
Pendant l’année suivant le décès, le conjoint peut, sous les conditions légales, occuper gratuitement le logement familial et utiliser le mobilier qui le garnit.
Ce droit est d’ordre public : le défunt ne peut pas en priver son conjoint par testament.
Lorsque le logement était loué, les loyers peuvent être remboursés par la succession pendant cette période.
Le droit viager d’habitation
Le conjoint peut également bénéficier d’un droit d’habitation sur le logement jusqu’à son propre décès, ainsi que d’un droit d’usage sur le mobilier.
Ce droit doit être demandé dans l’année du décès. Il peut être écarté par le défunt, mais uniquement par testament authentique.
Contrairement à une idée fréquente, sa valeur ne s’ajoute pas automatiquement aux droits successoraux du conjoint : elle s’impute sur ceux-ci. Si elle excède leur montant, le conjoint n’est toutefois pas tenu d’indemniser la succession pour l’excédent, conformément à l’article 765 du Code civil.
Ces droits protègent l’occupation du logement, mais ils ne règlent pas toutes les difficultés relatives à sa gestion, à son entretien ou à sa vente.
Le conjoint est-il toujours en indivision avec les autres héritiers ?
Il est essentiel de distinguer l’indivision du démembrement de propriété.
Une indivision en cas de droits de même nature
Il existe une indivision lorsque plusieurs héritiers détiennent des droits de même nature sur un même bien.
Par exemple, si le conjoint reçoit un quart de la succession en pleine propriété et les enfants les trois quarts restants, ils peuvent se retrouver propriétaires indivis du logement familial.
Le conjoint et les enfants doivent alors respecter les règles de gestion de l’indivision :
- un indivisaire peut accomplir seul les actes nécessaires à la conservation du bien ;
- les actes d’administration requièrent en principe les deux tiers des droits indivis ;
- les actes de disposition, notamment la vente d’un immeuble, restent en principe soumis à l’unanimité, sous réserve des exceptions prévues par la loi.
Un démembrement en cas d’usufruit et de nue-propriété
Lorsque le conjoint recueille l’usufruit de la succession et que les enfants en reçoivent la nue-propriété, ils ne sont pas, de ce seul fait, en indivision entre eux. Ils disposent de droits de nature différente.
Cette distinction est déterminante : les procédures permettant de sortir d’une indivision ne peuvent pas être automatiquement transposées à une situation de démembrement.
La vente de la pleine propriété du bien suppose alors, en principe, l’accord de l’usufruitier et des nus-propriétaires. Le désaccord doit être traité au regard des règles propres à l’usufruit et non uniquement de celles de l’indivision.
Comment une succession peut-elle se retrouver bloquée ?
Les causes de blocage sont nombreuses :
- un héritier refuse de vendre un bien immobilier ;
- un héritier ne répond plus au notaire ;
- les héritiers contestent l’évaluation du logement ou d’une entreprise ;
- l’un d’eux occupe seul le bien et s’oppose au partage ;
- le conjoint souhaite conserver le logement, mais ne peut pas financer la soulte ;
- aucun accord n’est trouvé sur la répartition du prix de vente ;
- une donation, un testament ou une assurance-vie fait l’objet d’une contestation.
Pendant cette période, les charges continuent pourtant à courir : taxe foncière, travaux, assurance, remboursement d’emprunt ou frais de copropriété. Le patrimoine peut se dégrader et les tensions familiales s’aggraver.
La protection successorale du conjoint ne lui confère donc pas nécessairement le pouvoir de décider seul.
Ce que change la loi du 7 avril 2026
La loi du 7 avril 2026 a notamment renforcé les pouvoirs du président du tribunal judiciaire en présence d’une indivision bloquée.
Un indivisaire peut désormais être autorisé à conclure seul la vente d’un bien indivis lorsque deux conditions sont réunies :
- une situation d’urgence ;
- l’intérêt commun des indivisaires.
Cette mesure complète les outils qui permettaient déjà au juge d’intervenir lorsque le refus d’un indivisaire mettait en péril l’intérêt commun ou lorsque les indivisaires détenant au moins deux tiers des droits souhaitaient vendre un bien indivis.
La réforme vise ainsi à éviter qu’une succession demeure paralysée du seul fait de l’inertie ou de l’opposition d’un héritier. Elle est présentée par l’administration dans sa synthèse consacrée aux nouvelles règles de résolution des conflits successoraux.
Une autorisation qui reste soumise au juge
La réforme ne permet pas au conjoint de vendre librement un bien contre la volonté des autres héritiers.
Il doit démontrer :
- l’existence d’une véritable urgence ;
- la conformité de la vente à l’intérêt commun ;
- l’impossibilité ou, à tout le moins, la difficulté de parvenir à une décision collective ;
- la pertinence des conditions de vente envisagées.
L’urgence pourrait, par exemple, résulter de la dégradation rapide du bien, de charges devenues insupportables, d’un risque de saisie ou de la nécessité de régler une dette successorale.
La seule volonté du conjoint d’obtenir rapidement sa part ne devrait pas suffire.
Une réforme qui ne s’applique pas à toutes les situations
Ce nouveau dispositif suppose l’existence d’une indivision. Il ne constitue donc pas nécessairement une solution lorsque le conjoint détient l’usufruit du bien et les enfants sa nue-propriété.
Avant d’engager une procédure, il convient de déterminer précisément :
- les droits recueillis par chaque héritier ;
- les biens effectivement indivis ;
- les éventuels droits propres du conjoint sur le logement ;
- les dispositions du contrat de mariage, de la donation entre époux ou du testament ;
- les motifs précis du blocage.
Quels recours pour le conjoint confronté à une succession bloquée ?
Selon les circonstances, plusieurs solutions peuvent être envisagées.
Rechercher un accord organisant l’indivision
Une convention d’indivision peut fixer les règles de gestion du patrimoine, désigner un gérant, répartir les charges et prévoir les conditions d’occupation ou de vente des biens.
Cette solution peut être utile lorsque le partage immédiat n’est pas souhaité, mais que le fonctionnement de l’indivision doit être sécurisé.
Demander l’attribution préférentielle du logement
Sous certaines conditions, le conjoint peut demander que le logement familial et son mobilier lui soient attribués lors du partage.
Il devra cependant être en mesure de verser une soulte si la valeur du bien dépasse le montant de ses droits dans la succession. Un accord sur les délais de paiement ou une organisation patrimoniale adaptée peut alors être nécessaire.
Solliciter une autorisation judiciaire
Lorsque l’urgence et l’intérêt commun le justifient, le conjoint indivisaire peut demander au président du tribunal judiciaire l’autorisation d’accomplir seul certains actes, notamment, depuis la réforme, la vente d’un bien indivis.
D’autres mécanismes peuvent être mobilisés lorsque le refus d’un héritier met en péril l’intérêt commun ou lorsque les indivisaires souhaitant vendre détiennent au moins deux tiers des droits.
Demander le partage judiciaire
À défaut d’accord amiable, tout indivisaire peut demander le partage en justice. Le principe demeure que nul ne peut être contraint à rester indéfiniment dans l’indivision.
Le tribunal peut désigner un notaire chargé des opérations de liquidation et de partage. Si les biens ne peuvent pas être aisément répartis, leur vente peut devenir nécessaire.
Cette procédure doit néanmoins être préparée avec soin : les désaccords relatifs aux comptes entre héritiers, aux donations, aux indemnités d’occupation ou à la valeur des biens peuvent considérablement l’allonger.
Comment prévenir les blocages ?
La protection du conjoint ne se limite pas au montant de la part qui lui sera transmise. Elle suppose également d’anticiper les conditions dans lesquelles les biens pourront être gérés après le décès.
Plusieurs instruments peuvent être combinés :
- le choix ou l’aménagement du régime matrimonial ;
- une donation entre époux ;
- un testament ;
- une clause de préciput ;
- une assurance-vie dont la clause bénéficiaire est adaptée ;
- l’organisation de la transmission des titres d’une société ;
- une réflexion sur le financement d’une éventuelle soulte.
Dans une famille recomposée, cette anticipation est particulièrement importante. Accroître les droits du conjoint sans prévoir les modalités concrètes de gestion ou de sortie peut déplacer la difficulté plutôt que la résoudre.
Ce qu’il faut retenir
Le conjoint survivant bénéficie de droits successoraux et de droits spécifiques sur son logement. Il ne dispose cependant pas toujours du pouvoir de vendre ou de partager seul les biens de la succession.
La loi du 7 avril 2026 apporte un nouvel instrument lorsqu’une véritable indivision est paralysée : un indivisaire peut demander au juge l’autorisation de conclure seul la vente d’un bien lorsque l’urgence et l’intérêt commun le commandent.
Son application suppose néanmoins d’identifier correctement la situation juridique. Une indivision entre propriétaires ne doit notamment pas être confondue avec un démembrement entre usufruitier et nus-propriétaires.
L’examen du régime matrimonial, des droits de chaque héritier et de la nature du blocage reste donc indispensable avant de choisir entre négociation, attribution préférentielle, autorisation judiciaire ou partage judiciaire.
Vous êtes confronté, en tant que conjoint survivant, à une problématique de succession, notre département droit des personnes peut vous assister, contactez-nous.
Article écrit par Olivier Paquereau et Morgan Jamet

Olivier Paquereau
Auteur

Morgan Jamet
Auteur
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