Restaurants, hôtels, campings, commerces et entreprises touristiques du Médoc : septembre est souvent le mois des comptes. Après une saison 2026 marquée notamment par les incendies en Gironde, certaines entreprises abordent l’automne avec une trésorerie fragilisée. Que faire lorsque la saison n’a pas permis de reconstituer suffisamment de trésorerie ?
Dans le Médoc, de nombreuses entreprises dépendent directement ou indirectement de la saison touristique.
Pour elles, les recettes réalisées au printemps et surtout pendant l’été doivent permettre de financer les charges de la saison, mais aussi d’aborder les mois d’automne et d’hiver avec une trésorerie suffisante.
Or une fréquentation satisfaisante ne signifie pas nécessairement une bonne saison financière.
Dès le mois de mai 2026, 42,7 % des professionnels du tourisme girondin interrogés constataient une baisse de fréquentation, selon Gironde Tourisme.
À cette situation se sont ajoutés les incendies qui ont touché la Gironde durant l’été 2026, avec des conséquences économiques dépassant les seules entreprises directement sinistrées : évacuations, restrictions de circulation, annulations de séjours ou baisse de fréquentation.
L’État a par ailleurs ouvert le dispositif d’activité partielle non seulement aux entreprises situées dans les zones évacuées, mais également aux entreprises girondines dont l’activité avait été affectée par les incendies.
Pour certaines entreprises du Médoc, le constat de fin de saison peut donc être délicat : aucun dommage matériel, une activité qui s’est poursuivie, mais un chiffre d’affaires insuffisant pour absorber les charges et préparer les mois à venir.
La question essentielle est alors simple : l’entreprise dispose-t-elle aujourd’hui de suffisamment de trésorerie pour passer l’automne et l’hiver ?
- Difficultés de trésorerie : ne pas attendre le premier impayé
Lorsqu’une entreprise rencontre des difficultés de trésorerie, la première erreur consiste souvent à attendre : une prochaine rentrée d’argent, les vacances de la Toussaint, un découvert bancaire supplémentaire ou encore une éventuelle indemnisation.
Or les difficultés sont généralement beaucoup plus faciles à traiter lorsqu’elles sont anticipées.
À la fin de la saison, le dirigeant devrait donc établir un prévisionnel de trésorerie sur trois à six mois en identifiant notamment :
- la trésorerie disponible et les créances à encaisser ;
- les salaires et charges sociales ;
- les échéances fiscales ;
- les loyers ;
- les emprunts et crédits-bails ;
- les dettes fournisseurs ;
- les éventuels remboursements de PGE ;
- le chiffre d’affaires raisonnablement prévisible pendant la basse saison.
Les indemnités d’assurance ou aides attendues doivent être traitées avec prudence : une somme espérée mais non encore accordée ne constitue pas nécessairement une ressource immédiatement disponible.
L’objectif est surtout de déterminer à quelle date l’entreprise risque de ne plus pouvoir faire face à ses échéances.
À lire également : « Mon exploitation viticole ne rentre plus dans ses charges : 5 leviers avant le dépôt de bilan »
- Une mauvaise saison signifie-t-elle que l’entreprise n’est plus viable ?
Pas nécessairement.
C’est particulièrement vrai après un événement exceptionnel comme les incendies de Gironde de l’été 2026.
Pour un restaurant, un camping, un hôtel ou un commerce réalisant une part importante de son chiffre d’affaires entre juin et septembre, quelques semaines de fréquentation perturbée peuvent suffire à provoquer un déficit de trésorerie.
La difficulté peut donc être conjoncturelle, alors même que l’activité demeure rentable dans des conditions normales.
Dans cette hypothèse, l’objectif sera de permettre à l’entreprise de passer le cap : étalement de certaines dettes, maintien des concours bancaires, mobilisation des assurances lorsqu’elles sont applicables ou négociation avec les principaux créanciers.
À l’inverse, si les difficultés existaient déjà avant la saison et que l’activité ne permet plus structurellement de couvrir les charges, d’autres solutions devront être envisagées.
Le premier diagnostic consiste donc à distinguer un accident de trésorerie d’une difficulté structurelle.
- Difficultés de trésorerie : quels délais de paiement peut demander une entreprise ?
Une tension de trésorerie ne signifie pas nécessairement que l’entreprise doit déposer le bilan.
Selon sa situation, elle peut notamment solliciter des délais de paiement auprès de l’Urssaf, négocier ses dettes fiscales, demander le maintien ou l’aménagement de ses concours bancaires ou encore convenir d’échéanciers avec son bailleur et ses principaux fournisseurs.
Lorsque plusieurs dettes fiscales et sociales se cumulent, la Commission des chefs de services financiers (CCSF) peut également permettre de rechercher un plan coordonné de règlement.
L’essentiel est d’engager ces démarches suffisamment tôt.
Les marges de négociation sont généralement plus importantes avant les premiers incidents de paiement qu’une fois les relances, mises en demeure ou procédures de recouvrement engagées.
- Mandat ad hoc ou conciliation : agir avant le dépôt de bilan
Lorsque plusieurs créanciers doivent être négociés simultanément, les discussions individuelles peuvent rapidement montrer leurs limites.
Le mandat ad hoc ou la conciliation peuvent alors constituer des outils particulièrement utiles.
Ces procédures permettent de rechercher, dans un cadre confidentiel et avec l’intervention d’un professionnel désigné par le tribunal, un accord avec les principaux créanciers : délais de paiement, rééchelonnement bancaire ou restructuration plus globale de l’endettement.
Le recours au tribunal ne signifie donc pas nécessairement « dépôt de bilan ».
Il peut au contraire permettre d’intervenir avant que la situation ne se dégrade.
Pour une entreprise saisonnière du Médoc qui demeure viable mais a subi une mauvaise saison ou un événement exceptionnel, ces procédures méritent d’être envisagées suffisamment tôt.
- Comment savoir si son entreprise est en cessation des paiements ?
Il existe une limite que tout dirigeant doit impérativement connaître.
Une entreprise est en cessation des paiements lorsqu’elle ne peut plus faire face à son passif exigible avec son actif disponible.
Autrement dit : l’entreprise dispose-t-elle des ressources immédiatement mobilisables lui permettant de régler ses dettes arrivées à échéance ?
Si la réponse est négative, la situation doit être analysée sans attendre.
Le dirigeant doit en principe déclarer la cessation des paiements dans un délai maximal de 45 jours, sauf notamment lorsqu’une procédure de conciliation est en cours.
Selon la situation et les perspectives de l’entreprise, l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire pourra notamment être envisagée.
- Incendies en Gironde : une perte de chiffre d’affaires peut-elle être indemnisée ?
Lorsqu’une baisse d’activité est liée aux incendies, il convient également de vérifier les garanties d’assurance souscrites.
Une garantie pertes d’exploitation peut éventuellement être mobilisée, mais ses conditions varient selon les contrats.
Certaines garanties supposent notamment l’existence d’un dommage matériel préalable, tandis que d’autres contrats peuvent comporter des extensions spécifiques.
Il est également important de conserver les éléments permettant d’établir l’impact de l’événement sur l’activité : annulations, réservations, chiffres d’affaires comparatifs, échanges avec les clients ou restrictions d’accès.
Entreprise saisonnière dans le Médoc : pourquoi agir dès la fin de l’été ?
Pour une entreprise saisonnière du Médoc, septembre et octobre constituent des mois décisifs.
Lorsqu’une difficulté de trésorerie apparaît, plusieurs solutions peuvent encore être mobilisées : prévisionnel de trésorerie → négociation avec les créanciers → délais fiscaux et sociaux → négociation bancaire → mandat ad hoc ou conciliation → procédure collective si elle devient nécessaire.
Mais plus l’entreprise attend, plus les solutions se réduisent.
Un découvert supprimé, un commandement de payer du bailleur ou plusieurs échéances fiscales et sociales impayées peuvent transformer rapidement une difficulté encore négociable en véritable crise.
Les incendies de l’été 2026 l’illustrent : un événement extérieur peut fragiliser brutalement la trésorerie d’une entreprise sans nécessairement remettre en cause sa viabilité à moyen terme.
La question n’est donc pas seulement :
« Combien de temps puis-je encore tenir ? »
Mais plutôt :
« De combien de temps est-ce que je dispose encore pour agir ? »
Notre département droit des entreprises en difficulté accompagne les dirigeants, commerçants, artisans, restaurateurs, hôteliers, exploitants agricoles et entreprises du Médoc et de Gironde confrontés à des difficultés de trésorerie ou à des tensions avec leurs créanciers.
Nous intervenons notamment pour analyser la situation de l’entreprise, négocier avec ses créanciers, traiter les difficultés liées au bail commercial et accompagner le dirigeant dans le cadre d’un mandat ad hoc, d’une conciliation, d’une sauvegarde ou d’un redressement judiciaire.
Intervenir suffisamment tôt permet généralement de conserver davantage de solutions et de préserver les chances de poursuite de l’activité. N’hésitez pas à nous contacter.
Article écrit par Fanny Hurreau, avocate associée du cabinet Arst Avocats en charge du bureau secondaire de Gironde

Fanny Hurreau
Auteur
SCI familiale ou indivision : quel montage choisir pour un achat immobilier en famille ?
Par Olivier Paquerau, avocat of counsel au sein d’ARST Avocats Acheter un logement, un immeuble locatif ou une résidence familiale à plusieurs conduit rapidement à une question structurante : faut-il acheter en indivision ou constituer une société civile immobilière ?...
Acquérir 10 % d’une entreprise française cotée à Londres peut désormais déclencher le contrôle de Bercy
Depuis le 17 août 2026, le franchissement du seuil de 10 % des droits de vote d’une société française cotée sur certains marchés étrangers peut relever du contrôle des investissements étrangers en France.
Investir dans le logement locatif en Guyane : quel crédit d’impôt pour les sociétés soumises à l’IS ?
Les sociétés soumises à l’impôt sur les sociétés qui investissent dans des logements locatifs neufs en Guyane peuvent bénéficier, sous conditions, d’un crédit d’impôt de 40 % au titre de l’article 244 quater X ou de 35 % au titre de l’article 244 quater W du CGI.
Conjoint survivant et succession bloquée : quels droits et quels recours ?
Lorsqu’une personne mariée décède, son conjoint bénéficie de droits successoraux importants. Il peut recevoir une part de la succession en pleine propriété ou en usufruit, conserver l’usage du logement familial et être totalement exonéré de droits de succession. Cette...
Annulation d’un jugement de liquidation judiciaire : l’entreprise sauvée
La cour annule le jugement - Episode 4 / 4 Cette histoire est inspirée d’un dossier réel. Certains éléments ont été modifiés afin de préserver l’anonymat des personnes concernées. Le jour de l’audience d’appel, l’entreprise existe toujours. Les salariés sont encore...
Liquidation judiciaire suspendue : l’entreprise reste-t-elle menacée ?
Vivante en droit fragilisée dans la réalité - Episode 3 / 4 Cette histoire est inspirée d’un dossier réel. Certains éléments ont été modifiés afin de préserver l’anonymat des personnes concernées. La décision du premier président est une victoire. Lorsque la...
Suspendre une liquidation judiciaire : l’audience qu’il fallait provoquer
L’audience qu’il fallait provoquer - Episode 2 / 4 Cette histoire est inspirée d’un dossier réel. Certains éléments ont été modifiés afin de préserver l’anonymat des personnes concernées. Quelques jours. C’est tout ce qu’il reste pour empêcher la liquidation de...
Entreprise liquidée sans le savoir : le début d’un combat judiciaire
Madame votre entreprise a été liquidée - Episode 1 / 4 Cette histoire est inspirée d’un dossier réel. Certains éléments ont été modifiés afin de préserver l’anonymat des personnes concernées. Le téléphone sonne tôt ce lundi matin. Au bout du fil, l’un des principaux...
Emploi des seniors : la négociation que 9 entreprises sur 10 ignorent encore
Les entreprises d’au moins 300 salariés dotées de sections syndicales représentatives doivent négocier sur l’emploi des seniors. Diagnostic préalable, maintien dans l’emploi, fins de carrière, transmission des compétences et risque de malus : les mesures à anticiper.
Accident du travail : les règles de votre indemnisation évoluent
La reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur permet à la victime d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle d’obtenir une indemnisation complémentaire. La rente AT/MP ne couvrant plus le déficit fonctionnel permanent, de nouveaux postes de préjudice peuvent être réparés.
SCI familiale ou indivision : quel montage choisir pour un achat immobilier en famille ?
Par Olivier Paquerau, avocat of counsel au sein d’ARST Avocats Acheter un logement, un immeuble locatif ou une résidence familiale à plusieurs conduit rapidement à une question structurante : faut-il acheter en indivision ou constituer une société civile immobilière ?...
Acquérir 10 % d’une entreprise française cotée à Londres peut désormais déclencher le contrôle de Bercy
Depuis le 17 août 2026, le franchissement du seuil de 10 % des droits de vote d’une société française cotée sur certains marchés étrangers peut relever du contrôle des investissements étrangers en France.
Investir dans le logement locatif en Guyane : quel crédit d’impôt pour les sociétés soumises à l’IS ?
Les sociétés soumises à l’impôt sur les sociétés qui investissent dans des logements locatifs neufs en Guyane peuvent bénéficier, sous conditions, d’un crédit d’impôt de 40 % au titre de l’article 244 quater X ou de 35 % au titre de l’article 244 quater W du CGI.